je lis et j'écris

la rature

Qu'est-ce qu'un homme révolté? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce "non"? 

L'Homme révolté. - Albert Camus

blop

Vendredi 23 mars 2007

Les jours pluvieux sont propices au questionnement, les heures passées à tenter d'ingurgiter des tomes de connaissance que l'on oubliera sitôt les échéances passées, tout ça pour espérer un jour forcer d'autres congénaires à ingurgiter ces mêmes connaissances auxquelles s'ajouteront les nouveaux acquis pour qu'à leur tour ils les oublient gaiement.

Il y a de quoi s'interroger sur ce que signifie être au monde. Regarder la pluie? Compter les gouttes? Se donner l'illusion d'une quelconque maîtrise sur l'inclinaison de la goutte qui tombe et écorche le pigeon toujours plus regorgeant? J'imagine qu'il y en a que ça doit inspirer : augmenter le smic de 4%, lutter contre la vie chère, se reconvertir en publicitaire auchan, ou bien encore allonger verticalement et horizontalement le temps de travail pour ne plus avoir à regarder les gouttes tomber. Hé oui, je sais bien qu'il faut financer les retraites, et une fois qu'on l'aura fait on pourra combler le trou de la sécu, puis ensuite on pourra augmenter les salaires, c'est à ce moment qu'on réfléchira sur les moyens d'une éducation accessible à tous, là ce sera balot mais on aura déjà concentré toutes les fac en une classe de 5 économistes, 10 commerciaux et un chimiste (pour les maux de tête) mais enfin : on peut pas tout faire en même temps. Et puis là on se dira que c con, tout ce qu'on aura fait sera mis en péril par le simple fait que nos voisins n'en bénéficient pas, et tout repartira à zéro, enfin pas tout à fait, on recommencera, on fera des partenariats, on fera plein de trucs. Et puis tout s'écroulera dans un mois, 5 ou dix ans. Et on recommencera, on se concertera, bla bla. C'est ça ce que ça veut dire "être au monde". Enfin, c ce que ça veut dire pour une certaine catégorie de gens. Parce que pour plein d'autres, c'est s'interroger sur l'injustice constitutive : n'avoir qu'un seul être au monde, survivre, manger et baisser les yeux.

Etre du rien, du pourcentage, de la perte contrôlée. Mais qu'on se rassure, ça c'est pris en compte, les priorités : salaire, emploi, santé, nan pas santé, ça personne n'en parle. Le trou de la sécu se résorbera (comme ça commence à être le cas) quand ceux qui en ont besoin ne se soigneront plus. La caisse des retraites aussi quand nous travaillerons toute notre vie. Les assédics aussi quand ceux qui n'auront jamais la possibilité d'avoir eux un emploi plus d'un jour entreront dans la marginalité. Ca c'est mathématique, ça c'est réaliste.

Nous faire croire que la bonne foi guidera les acteurs économiques auxquels nous laisseront les pouvoirs, que le fait d'instaurer un régionalisme ouvert sur les capitaux et fermé sur les personnes sera un facteur de stabilité économique et mondiale, ça ce n'est ni mathématique ni réaliste.

Ce qui est réaliste, c'est de prendre en compte ce qui fait de nous des êtres humains, des êtres de passion, de mesquinerie, potentiellement géniaux et potentiellement violents, des agrégats d'entrailles qui ont tous été des pervers polymorphes à une certaine époque de leur vie et qui à une certaine échéance se demanderont au seuil d'une mort lointaine ou pas si au final on ne les prend pas un peu pour des cons. Des êtres enclins à l'inaction comme à la pulsion, portés toujours par le rêve d'être un peu plus qu'eux-mêmes. Je suis au monde, ce qui signifie que je suis un peu plus que ce que je suis et j'entends bien qu'on me le concède. Mon ambition d'être humain ne se borne pas à ce qu'on me paie ma retraite, le fait que ce soit une donnée économiquement problématique n'en fait pas une priorité existentielle à mes yeux, pas plus aujourd'hui qu'hier.

Ecouter le peuple ne se réduit pas à avoir des discussions de popottes. Pour ça, il y a un nom, ça s'appelle le mépris. Une once de souffle spirituel n'est pas de trop quand on prend en charge par son être au monde, l'être au monde de ses congénaires. Une réflexion sur son être là. Sa liberté pour La liberté. L'histoire se nourrit d'orgueil et la fortune sourit aux audacieux.

Liberté. Egalité. Démocratie. (en souvenir de l'été 2000, une nuit passée sous l'orage à compter les gouttes et sourire aux éclairs qui baignaient ce soir-là le plateau du Larzac)

par hud publié dans : bartleby
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Blog : Weblogs sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus