Eric Zemmour. - Paris : Denoël, 2006. - 133 p. (collection indigne)
Un livre rédigé par un éditorialiste du Figaro qui paraît dans une collection 'indigne', je vous l'accorde, ça rebute. Dès le titre, qui prend à rebours l'ouvrage du castor, il n'y a aucun doute, on se situe dans le paradoxe, à nous de trouver la souplesse intellectuelle pour prendre du recul, remettre véritablement en cause nos propres convictions. Et peut-être avant tout, remettre en cause le discours qui nous sert de conviction...
Voilà pourquoi je le dis tout net, outre ma misogynie naturelle, j'apprécie énormément la manière de penser de cet homme. J'en profite pour rendre hommage à l'émission la plus éclatante de la télé (après les Feux de l'amour), 'Ca se dispute' sur i télé, la chaîne la plus éclatante (après TF1, bien-sûr), débat regroupant de manière immuable trois personnages, un médiateur (jamais vraiment neutre) et deux personnes pas d'accord, bref un concentré de la vie (enfin de la mienne en tout cas) dont on ne peux se lasser, la dialectique faite chair -et quelle chair...
Le Zemmour fonctionne de manière bien particulière, dont, il me semble, j'ai réussi à tirer une equation à peu près juste et infaillible. C'est un raisonnement qui a besoin de s'étendre sur une certaine longueur, il faut se référer à la distinction que Mazarin (désormais mon maître à penser, vous l'aurez compris) opère entre les deux types d'orateur. Alors évidemment 'Tout le monde en parle' n'est pas l'espace propice pour le déploiement de ce genre de discours. Mais bon, il s'en ai quand même bien sorti coincé entre Michelle Bernier et Francis Huster qui ne voulait même plus le regarder à la fin. Eh oui, Francis huster tourne le dos au machisme, parce Francis Huster comprend la femme, je dirais même plus Francis Huster est le plus grand bienfait que la femme ait jamais connu.
On en arrive au coeur du sujet. Zemmour expose que les valeurs dites féminines l'ont emporté sur les valeurs masculines, déchargeant pour le coup les hommes du fardeau qui leur pèse entre les jambes depuis des millénaires. Fini le mauvais rôle du père castrateur.
L'equation imparable, c'est que les deux tiers du propos prennent à rebours le discours 'progressiste' ambiant, et quand on retourne le progressisme, ben c'est mathématique, on tient un discours réactionnaire. Alors soit on considère que l'occasion est trop belle de se faire un réac', ils sont de plus en plus rares! On le pend haut et court et on compare son poids avec celui d'un canard pour voir s'il flotte. Ou alors on pense très fort aux cercles hégeliens, et on prend son mal en patience Je veux bien concéder que cent pages de provocation pas toujours très fine, c'est fatigant pour les nerfs. Moi-même, j'ai tendance à me laisser impressionner par ce que je lis, et sincèrement je commençais à me dire qu'après tout, c'est vrai que je ne suis qu'un sale ovule machiavélique, un kamikase avec un détonateur dans le vagin, prêt à faire sauter toute l'humanité. Il faut avouer que cette idée me plaît bien en fait.
Mais en même temps, tout à fait d'accord avec certains faits, comme la dévalorisation des secteurs, liée à leur féminisation. Merde, dans ma filière, on est 90% de filles, autant vous dire que mon D.E.A. c'est loin d'être le Graal...
Il y a un passage particulièrement difficile, énumérant ce que les femmes font à défaut, je me permets de le citer : 'Les femmes conduisent quand la vitesse est limitée; elles fument quand le tabac tue; elles obtiennent la parité quand la politique ne sert plus à grand chose; elles votent à gauche quand la Révolution est finie; elles deviennent un argument de marketing littéraire quand la littérature se meurt (aïe, ça, ça fait très très mal, et si ça fait si mal, c'est qu'il y a sans doute un peu de vrai, ndr) ..."
Le dernier tiers propose donc tout naturellement des analyses très fines, comme l'utilisation du travail salarié des femmes par le capitalisme, ou encore une réflexion très juste sur l'humiliation que véhicule le nouveau discours sur le sexe, plus inhibant que toutes les religions, et la manière dont les nouveaux fascismes se réapproprient la loi du père en s'affublant des attributs de la virilité baffouée, et ça par delà les clivages érigées par la théorie fumeuse du 'choc des civilisations'.
Une petite critique quand même sur l'utilisation un peu légère des concepts de 'pulsion de vie' et 'pulsion de mort' dans les analyses.
Voilà, c'est de la rhétorique très bien maîtrisée (évidemment que sous ma plume, c'est un compliment, parce que ce n'est pas avec de bonnes intentions qu'on démonte le discours, mais en excellant dans ses rouages). Il s'agit d'épuiser le système, les deleuziens me comprendront, les autres feront un petit effort de lecture. Et pour couper court aux critiques habituelles, je dirai que ce n'est pas la somme des souffrances et humiliations qui ont été et sont encore le lot quotidien des femmes qui doit nous exempter de toute réflexion, au contraire. Je me permets même d'aller plus loin que Zemmour, et d'ajouter que selon moi, ce n'est pas aux hommes d'aujourd'hui de porter la culpabilité d'hier. Ce n'est pas comme ça qu'on optimisera l'espèce ! ah ah

SE TAILLER UN ROYAUME DANS LA MERDE UNIVERSELLE, PUIS CHIER DESSUS.
Commentaires