... et de Jérusalem à Paris. (ouais jusqu'au bout...)
Chateaubriand. - Paris : Gallimard, 2005. - 726 p. (folio classique)
En 1806, notre enchanteur, en proie aux dernières chaleurs de la mâturité, mais pas encore versé dans l'outre-tombe, ne sait quel prétexte fournir à sa femme pour rejoindre sa petite copine en Espagne.
Mais comme il n'est pas l'auteur de "René" pour rien, il trouve l'alibi en béton : un pélerinage. Alors il aurait pu prendre son sac à dos Vieux Campeur et s'y accrocher une chaussette trouée et une coquille Saint-Jacques, mais non, il a voulu faire les choses en grand et a carrément inventé de planter sa rombière à Venise, pour s'embarquer dans un périple absurde : Grèce (histoire de visiter le Parthenon, respect quoi) - Constantinople - Jérusalem (il s'y lamente à peine plus qu'ailleurs) - Egypte (il y inaugure le 'tourisme-survie') - Tunisie (il nous explique pourquoi Enée s'est barré sans laisser d'adresse) - Espagne
Balaise, non?

Et puis c'est pas au programme d'agreg pour rien, ça je vous le dit : le structure de la narration laisse rêveur, parce qu'attention, François-René, il a quelque chose de Ron Howard, il sait super bien ménager ses transitions. Genre, attention j'ouvre les guillemets : je quitte Rome pour la Grèce, c'est-à-dire que je remonte le temps, aussi, wouaww, un voyage spatio-temporel, c'est à Sam Beckett que ça va en boucher un coin, vous savez le héros de Code Quantum!
Ben ouais parce qu'à la fin de chaque chapitre, on se rend que quand même c'était mieux avant, d'ailleurs on se demande comment il ne finit pas son bouquin dans la caverne préhistorique au fond du jardin...
Et puis François-René, à part deux ou trois fois où il sauve le monde (enfin le bateau, ou l'escorte), il pense surtout. Et quand il pense, on se dit que l'Histoire est cruelle d'avoir séparé de deux siècles, deux hommes qui auraient eu tellement de choses en commun... car oui, si De Villiers ne neuneute pas encore d'outre-tombe - quoique.. - François-René, lui pense tout pareil que lui, à commencer par ces enculés de musulmans qui font vraiment tâche dans sa superbe peinture de l'Orient antique et biblique. Bon les Maghrébins, encore il les tolère lui (oui, il les voit juste avant la délivrance finale dans le minou de sa greluche, il est plus tranquille), mais les Turcs, alors ça non, faut pas lui en parler. Pourquoi?
Mes ces pauvres gens sont incapable de gérer un peuple, un pays, encore moins un Etat (tiens tiens), et rendez-vous compte ils ne versent pas du tout dans la démocratie! Evidemment, venant du 'génie du christiannisme', on est tous morts de rire...
"Les Croisades ne furent des folies, comme on affectait de les appeler, ni dans leur principe, ni dans leur résultat. (...) Les Croisades, en affaiblissant les hordes mahométanes au centre même de l'Asie, nous ont empêchés de devenir la proie des Turcs et des Arabes. (...) Quant aux autres résultats des Croisades, on commence à convenir que ces entreprises guerrières ont été favorables au progrès des lettres et de la civilisation." (p. 373)
Ah, la civilisation, le mot est lancé... au bout de 500 pages d'aphorismes dignes de G.W. Bush ou Paul Wolfowitz, ('il n'y aucun principe civilisateur dans l'islam', bla, bla) on a bien envie de rendre ses grâces à la civilisation et de goûter un peu la légèreté de la barbarie...
Mais bon, tout ça ce serait rien si F-R nous récompensait de notre endurance à subir l'énumération de tout ce dont il ne parle pas parce qu'il y a des guides touristiques pour ça, mais quedale ! Nous n'aurons même pas droit au Graal, au but de ce pélerinage érotique déguisé, des dixaines de pages de description du tombeau du Christ, et pas un petit mot, même pas une litote, ou même une ellipse évoquant rapidement la partie de jambes en l'air bien mérité par le pélerin. Cacahuète!
Rien excepté la plus belle phrase du livre, ça je le dis sincèrement, la dernière en fait (un début d'explication?) :
"dans tous les cas, j'ai assez écrit, si mon nom doit vivre; beaucoup trop, s'il doit mourir."
Ca c'est de la conclusion, coco.
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