je lis et j'écris

la rature

Qu'est-ce qu'un homme révolté? Un homme qui dit non. Mais s'il refuse, il ne renonce pas : c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce "non"? 

L'Homme révolté. - Albert Camus

blop

Samedi 2 septembre 2006


A l'heure où tous les débats portent sur le statut de Pluton (problème hautement sensible, puisqu'il s'agissait de la seule planète découverte par les astronomes américains), on peut regretter qu'une autre problématique soit ostensiblement mise à l'écart, celle qui nous intéresse aujourd'hui. En effet, le débat sur Pluton est symptomatique d'un certain rapport entre science, et ce qu'il faut  bien appeler, 'politique'. Un peu comme au 16è siècle, quand d'éminents grammairiens s'ingéniaient à prouver la descendance directe entre le grec classique et le français (sans passer par le latin). Poussé par une politique de rivalité franco-italienne (les italiens se prétendant les héritiers les plus 'purs' de Cicéron), tout le monde s'y est mis, poètes, littérateurs, etc.
Ah politique, politique, politique...
Il y a quelques mois, des chercheurs en médiabiotechnologie ont mis au point un nouveau schéma génétique, support d'une parthénogénèse inédite : une couverture du nouvel observateur de décembre 2005 a engendré un phénomène médiatique et politique en circuit fermé sophistique (elle est la mieux placée donc elle recueille les intentions de vote - elle recueille les intentions de vote donc elle est la mieux placée, etc.).
s'il faut reconnaître que l'exploit tient du prodige, et ne pas manquer de saluer nos scientifiques (vite, vite, un brevet, histoire de pas se la faire piquer !!), on peut tout de même s'interroger sur la portée d'une telle invention.
De fait, comme toutes les découvertes clef de l'histoire de l'humanité, ce nouveau processus tend non seulement à supplanter tous les autres (qu'on n'est pas obligé de regretter), mais poursuit son chemin en dehors des conventions laborantines pour se mêler à toutes sortes de bactéries (nosocomiales?), produisant des mariages pas toujours très heureux. Pour vulgariser, peut-être pourrions-nous parler de 'contamination réciproque' entre fleur des champs et punaise...

Mais le plus inquiétant réside dans les conséquences de cette découverte sur l'ensemble du biotope, qui, effaré devant la singulière efficacité de cette nouvelle forme vie assistée, tente de s'adapter par le phénomène le plus commun de la nature,l'immitation, donnant naissance à une nouvelle forme d'organismes, les O.S.M. soit 'Organismes Ségolèniquement Modifiés.'
Ce qui nous ramène à l'éternelle problématique : est-on obligé d'accepter comme un bienfait la totalité des manipulations génétiques?
Car si son utilité à la cause commune est à court terme indéniable, notamment comme agent bactériologique en milieu pachydermique, le schéma, comme toutes les choses trop efficaces, tend à s'ériger en modèle unique de gestation.
Alors évidemment, vous allez me dire, c'est le discours d'une classe aisée qui n'est pas 'en situation' (elle non plus) de manque, qui pourra toujours satisfaire à sa consommation quotidienne intellectuelle, parce que les ptits chinois, ils aimeraient bien en manger des O.S.M., ils feraient pas la fine bouche, eux. Moi je réponds, c'est pour ça qu'il serait temps de cesser de produire de la merde qu'on prônera jusqu'au moment où il s'agira de la bouffer nous-mêmes. Mais peut-être que je m'éloigne de notre sujet.

Par ailleurs, quand recherche scientifique s'allie à intéret financier, les choses se compliquent. Et ce deux manières, l'une économique, l'autre biologique. Les circuits de production qui tente de nouvelles approches de la culture politique se développent bien entendus en dehors des grands groupes, représentés par la majoritaire F.N.S.E.A.(Fédération Nationale des journaux financéS par dEs vendeurs d'Arme) dont les deux produits phare sont les O.S.M. et les I.N.W.T (in nico we trust). Difficile en ces conditions de tenir son marché. Mais le facteur biologique reste sans doute le plus pervers. En effet, les O.S.M. prolifèrent dans toutes les cultures, même les non labellisées, par un phénomène hormonal imparable, la peur alliée à la culpabilisation (d'une manière particulièrement agressive envers les espèces femelles, ayant un vagin en commun avec le génome souche). Impossible dans ces conditions de produire d'autres cultures, facteur historiquement précurseur de vastes épidémies de terre brûlée, et  de mise en jachère (notamment pour la période mai 2007).

Inutile de s'attarder sur le goût des O.S.M. (en cette matière, le débat est impossible, et puis de toutes manières, rappelez-vous les ptits chinois). A titre scientifique, nous noterons cependant que les Organisme tout récemment Ségolèniquement Modifiés bénéficient d'une manière  concomittante d'une visibilité médiatique instantanée. Si leur aspect change guère, on sera néanmoins sensible à un léger gonflement d'orgueil et à une sécrétion accrue de mépris. Enfin, si le dégré de dilution du schéma intellectuel originaire varie d'un O.S.M. à l'autre, on sera attentif à l'utilisation systématique d'un certain vocabulaire, "ordre juste", "performance à l'école", "morale", que nous laisserons  à votre appréciation.

Quant à nous, il nous semble désormais nécessaire de nous munir d'un équipement de faucheur adéquat, et ce d'une manière durable et avant tout politique, car décidément, choisir en N.S.-Notre Seigneur saint patron des patrons et S.R. Sainte Rectrice de nos consciences, nous préférerions ne pas.

En ce qui concerne notre pragmatisme, nous ne le renions pas et maintenons tout au contraire que la solution est belle et bien mathématique, mais pas binaire.


 

par hud publié dans : bartleby
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Mardi 29 août 2006

"Ivre, plus ivre, disais-tu, de renier l'ivresse..."

Un homme encore se lève dans le vent. Parole brève comme éclat d'os. Le pied déjà sur l'angle de sa course...

"Ah! oui, toutes choses descellées! Qu'on se le dise entre vivants!

"Aux bas quartiers surtout - la chose est d'importance.

"Et vous, qu'allez-vous faire, hommes nouveaux, des lourdes tresses dénouées au front de l'heure répudiée?

"Ceux qui songeaient les songes dans les chambres se sont couchés hier soir de l'autre côté du Siècle, face aux lunes adverses.

"D'autres ont bu le vin nouveau dans les fontaines peintes au minium. Et de ceux-là nous fûmes. Et la tristesse que nous fûmes s'en aille au vin nouveau des hommes comme aux fêtes du vent!

"Fini le songe où s'émerveille l'attente du songeur.

"Notre salut est dans la hâte et la résiliation. L'impatience est en tout lieux. Et par dessus l'épaule du Songeur, l'accusation de songe et d'inertie.

"Qu'on nous cherche aux confins les hommes de grand pouvoir, réduits par l'inaction au métier d'Enchanteurs.

"Hommes imprévisibles. Hommes assaillis du dieu. Hommes nourris au vin nouveau et comme percés d'éclairs.

"Nous avons mieux à faire de leur force et de leur oeil occulte.

(...)

Nos revendications furent extrêmes, à la frontière de l'humain.

Sifflez, faillis! Les vents sont forts! Et telle est bien notre prérogative.

Nous nous levons avec ce très grand cri de l'homme dans le vent

Et nous nous avançons, hommes vivants, pour réclamer notre bien en avance d'hoirie.

Qu'on se lève de partout avec nous! Qu'on nous donne, ô vivants, la plénitude de notre dû!

(...)

Vents (I, 6), Saint-John Perse

par hud publié dans : no comment
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Lundi 21 août 2006

La 'république du respect' : juste fais le

mais si on commençait par la république de la démocratie pour voir?

P.S. : c'est fou comme on se sent respecté!

par hud publié dans : no comment
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Mardi 8 août 2006

Il nous faut désormais choisir, parce que nous n’avons plus le choix.  (Le général De Gaulle, 23 juillet 2006)

 

Parce que décidément il y a des plumes sous le giron du monde politique, le parallèle auteur-texte, homme politique-projet politique me semble bien pertinent.

Mais cela pose des problèmes différents. Que Céline s'immisce parfois sous la plume de Sam Beckett, c'est assez délicieux. Quand la plume de Le pen prolifère un petit partout chez kes politiques, on peut difficilement invoquer l'inconscient du texte...

Signer un texte, c'est un peu plus que parachever un acte (littéraire, esthétique, critique), c'est déjà esquisser le cadre d'un espace quasi-juridique, comprenant les trois larrons habituels, à savoir auteur-prédicat-destinataire. Le principe herméneutique se diffuse par delà les 3 actants. C'est particulièrement saisissant en ce qui concerne les oeuvres à statut trouble, comme les autofictions (un auteur vrai qui écrit un roman vrai, un auteur vrai qui écrit une autobiographie pas vraie). Le lecteur, vrai lui aussi,  peut saisir la justice, bien vraie, s'il considère que l'auteur vrai dit un peu n'importe quoi sur lui dans le texte qu'il présente comme vrai/pas vrai. Bref un casse-tête qui nous permet de mesurer l'importance de l'actant auctorial dans la sainte trinité qu'est l'écriture.

L'auteur, c'est un peu un garant, ou un service de réclamation destiné au défoulement bien légitime d'usagers scandalisers, à l'image de l'auteur avec un grand A :

'Le salaud, il n'existe pas!' (Fin de partie)

Pour la juste compréhension d'un texte, il faut peut-être se résoudre à lui mettre un cran d'arrêt, lui apposer un principe fonctionnel dans le respect des deux autres actants, prédicat et destinataire. L'auteur est avant tout un principe de lecture.

Ce qui amène Michel Foucault, celui qui a toujours le dernier mot, à le définir comme "fonction" :

"Un nom d'auteur assure une fonction classificatoire en permettant de regrouper un certain nombre de textes, de les délimiter et de les distinguer d'autres ensembles ; le nom de l'auteur effectue en outre une mise en rapport des textes entre eux ; il caractérise enfin un certain mode d'être du discours, en le dotant d'un statut singulier qui le distingue de la parole quotidienne immédiatement consommable." ("Qu'est-ce qu'un auteur?", 1969)

Outre l'indispensable questionnement sur le renouvellement démocratique, voilà peut-être ce qui manque au monde politique, une interrogation sur la 'fonction' de l'homme politique, en fonction ou non. S'il est ridicule de se fier à la seule sincérité de son congénaire humain, la refonte de la "fonction-politique" est, elle, indispensable au principe de circulation de la parole qu'est avant tout le débat démocratique.

Cette problématique ne peut de fait pas porter ses fruits au coeur d'une constitution qui nie tout principe de responsabilité politique. On peut toutefois l'interroger au regard de la dictature du sondage, la prééminence du vote utile, nouvelle forme de régime, régime statistique déréalisant (le réel naît de la projection, la projection naît au coeur du pouvoir).

Et de mettre en lumière les deux écueils concernant le statut se l'homme politique, biographisme (couverture dans voici, parlote chez Drucker) et idée toute puissante (les idées ne descendent pas dans la rue!), dépersonnalisation qui problématise parfois la question de la représentativité. Ainsi, ça ne choque personne de jouer à interchanger discours de gauche et de droite, car dépersonnalisation et biographisme sont en fait souvent entremêlés : on fait de la personne biographique le garant unique de la cohérence de son discours, au mépris des principes idéologiques (ceci n'est pas un gros mot) les plus solides.

On peut ainsi choisir de privilégier la sécurité, plutôt que la liberté, c'est un positionnement politique,  mais on ne peut pas raconter que ce choix profite à la liberté, au confort, oui, à la liberté, non.

Exemple parmi d'autres.

 

par hud publié dans : bartleby
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Samedi 5 août 2006

L'électeur, le lecteur, c'est drôle comme certains termes s'entremêlent parfois pour mieux résonner l'un dans l'autre. C'est mon sentiment quand parfois mes yeux lisent un livre de critique littéraire et mes oreilles entendent les gémissements d'éléphanteaux, oubliés sur le bas côté, la trompe pendante, la bouche ouverte en quête du lait maternel...

Ah non pardon, ça c'est parce que c'est les vacances, à la place du débat politique, ils rediffusent la vie des animaux, autant pour moi.

Je m'explique. En ce moment on parle beaucoup de citoyenneté, et surtout de 'dépersonnalisation' de la politique (on en parle beaucoup à l'U.D.F., allez savoir pourquoi...). De fait, le mot d'ordre de tous les préposés candidats, c'est 'changer la politique', à défaut de 'changer la vie', mais enfin c'est déjà changer quelque chose. Alors d'un côté, il y a le débat institutionnel (qui effectivement s'interroge via d'éventuelles mesures sur le statut de l'homme politique) et pour ceux qui ne veulent pas tellement creuser le débat institutionnel, il y a "la dépersonnalisation", inquiétant non?

Eh oui, l'heure est grave, sous la pression populaire, les humains politiques menacent de 'se dépersonnaliser', se petit suissider en quelque sorte. Mais que faire? Je sèche, mais enfin, on peut toujours y réfléchir. Et moi, je ne peux pas réfléchir sans mon dieu, mon étoile critique, Roland Barthes - putain d'autobus.

"Donner un Auteur à un texte, c'est imposer à ce texte un cran d'arrêt, c'est le pourvoir d'un signifié dernier, c'est fermer l'écriture." ("La mort de l'auteur" in Le Bruissement de la langue)

Le débat sur la dépersonnalisation, on connaît ça, nous les littéraires ! petit retour en arrière :

L'Auteur est mort, vive le scripteur, qui n'existe pas, ne vit que dans son énonciation. Donc si l'on veut comprendre un texte, pas la peine de demander au gars en photo sur la 4è de couv le pourquoi du comment, pour comprendre un texte, il faut, avant tout et essentiellement, le lire. L'auteur est mort, il va falloir vous démerder tout seul, les enfants, dixit Roland de 1968 - putain d'autobus.

Et à l'époque ça a fait un certain grabuge, car en maître inégalé règnait le 'biographisme', méthoque critique qui explique les écrits à l'angle de la vie de leur auteur.

ex : Ségolène a dit qu'il fallait confier les jeunes délinquants aux militaires, parce qu'elle est elle-même fille de militaire. (Mais est-elle elle-même délinquante?)

Méthode douteuse, vous l'aurez compris, mais qui manifestement tombe juste parfois :

ex : Les personnages de Samuel Beckett sont souvent affectés de deux abcès purulents, l'un au crâne, l'autre à l'anus, symbolisant par là-même la dualité de l'existence, tendue entre vie et mort, haut et bas, dualité en un sens néantisée par l'absolue identité du traitement de l'humain quelque soit le bout par lequel on le prend.

Tout à fait exact, nous évoquerons cependant avec les critiques biographistes, le fait que Samuel Beckett lui-même a été affecté pendant une longue période de sa vie de deux abcès purulents, l'un au crâne, l'autre à l'anus, et comprendre la récurrence de ce motif dans son oeuvre comme un soulagement bien légitime. En ce sens, l'auteur n'est pas mort, et il se gratte le cul. Ce qui ne nous avance pas beaucoup et nous éloigne du sujet.

La démarche de Roland Barthes est néanmoins tentante en ce qu'elle éclaire le fait que 'toute écriture est multiple', n'est donc pas le fait du seul auteur, mais naît surtout de la rencontre entre un texte, un propos, et son lecteur.

ex. Ségolène a dit que les jeunes délinquants étrangers devaient être punis et retournés d'où ils viennent, parce qu'ils ne sont pas gentils avec nous, nobles français qui les accueillons le coeur au bout des lèvres. En fait, elle dit un peu pareil que l'autre type qui parle tout le temps à la télé, et puis cet autre encore qui fait peur quand il parle et que son oeil tourne sur lui-même, j'aime bien quand ils parlent, mais je n'ose pas voter pour eux parce qu'après à la télé ils disent que je suis un beauf méchant, mais ségo elle pense tout pareil et les bobos disent qu'elle est branchée et 'rénovatrice', ça voudrait dire que moi aussi je suis in ? (Robert X., 37 ans, 85, "Cher journal...")

Mais, dénigrer à ce point l'auteur, est-ce que ce n'est pas le sacraliser encore un peu plus? Dire que l'auteur est mort, ça ne revient pas à dire qu'il n'existe plus, dirons les philosophes les plus subtils. Le problème vient peut-être de ce qu'on l'appréhende essentiellement comme 'personne biographique', avec un nom, une date de naissance, de mort, une vie, des chagrins d'amour et des couvertures dans Voici.

La preuve, c'est que quelques années plus tard, Roland lui-même craque et replonge, publiant Le plaisir du texte, ode au 'désir de l'auteur' essentiel à toute lecture, essentiel à tout lecteur. Comprenez, le scripteur n'est pas bandant et le texte moins assaisonné. La lecture est une activité qui se fonde sur l'absence, activité désirante donc, jeu de cache cache par delà les diverses lignes de fuite, discours de l'auteur sur son oeuvre, biographie, mais aussi intertextualité, non dit, inconscient du texte...

Le problème est un peu autre concernant la chose publique, évidemment, la problématique de la (dé)personnalisation ne peut s'arrêter là...

à suivre ! 

 

par hud publié dans : bartleby
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